Alors que le déploiement de la 5G se poursuit à travers le monde, les chercheurs et ingénieurs travaillent déjà d’arrache-pied sur la prochaine génération de technologie sans fil : la 6G. Cette future norme de télécommunication promet de transcender les limites actuelles et d’ouvrir la voie à des applications jusqu’alors inimaginables. Avec des vitesses de transmission dépassant le térabit par seconde et une latence quasi imperceptible, la 6G ne représente pas une simple évolution incrémentale mais une véritable révolution technologique qui redéfinira notre rapport au monde numérique.
Les ambitions pour cette nouvelle génération de réseau sans fil sont colossales : connecter des milliards d’appareils supplémentaires, créer des environnements virtuels indiscernables de la réalité, et même établir des interfaces directes entre nos cerveaux et les machines. Au cœur de cette transformation se trouvent des innovations de rupture comme l’exploitation des fréquences térahertz et l’intégration native de l’intelligence artificielle dans l’infrastructure même des réseaux.
Tandis que les premiers appareils 6G ne devraient pas être commercialisés avant la fin de cette décennie, les fondations technologiques et conceptuelles sont déjà en cours d’élaboration dans les laboratoires des plus grandes entreprises de télécommunications et institutions de recherche. L’enjeu est considérable car celui qui maîtrisera cette technologie disposera d’un avantage compétitif déterminant dans l’économie numérique de demain.
Les fondements technologiques de la 6G
Pour atteindre les performances extraordinaires promises par la 6G, une refonte complète des technologies de communication actuelles est nécessaire. Cette nouvelle génération ne peut se contenter d’optimiser l’existant ; elle doit explorer des territoires technologiques jusqu’alors inexploités dans les télécommunications grand public. Le saut technologique entre la 5G et la 6G s’annonce bien plus important que celui entre la 4G et la 5G, nécessitant des innovations fondamentales dans plusieurs domaines scientifiques.
Les chercheurs travaillent sur des technologies de rupture qui permettront d’exploiter de nouvelles bandes de fréquences, d’intégrer l’intelligence artificielle au cœur des réseaux, et de développer des matériaux aux propriétés inédites pour faciliter la transmission des données. Ces avancées constituent les piliers sur lesquels reposera l’architecture complète des futurs réseaux 6G, promettant de transformer radicalement nos capacités de communication.
Les bandes de fréquences térahertz (THz) et leurs applications
L’une des innovations majeures de la 6G réside dans l’utilisation des bandes de fréquences térahertz, situées entre 0,1 et 10 THz. Ces fréquences, jusqu’alors principalement exploitées dans la recherche scientifique et l’imagerie médicale, offrent des capacités de transmission de données sans précédent. À titre de comparaison, alors que la 5G utilise principalement des fréquences sous les 6 GHz et des ondes millimétriques jusqu’à 86 GHz, la 6G franchit la barre symbolique du térahertz, multipliant potentiellement par 100 les débits atteignables.
Les ondes térahertz présentent toutefois des défis considérables : elles sont facilement absorbées par l’atmosphère, l’eau et même les matériaux de construction, limitant leur portée à quelques dizaines de mètres dans des conditions réelles. Pour contourner ces limitations, les ingénieurs développent des systèmes innovants de relais ultra-denses et des antennes directionnelles à formation de faisceau extrêmement précise. La propagation des ondes térahertz nécessite également une ligne de vue directe entre l’émetteur et le récepteur, ce qui implique de repenser l’architecture même des réseaux mobiles.
Les applications potentielles des communications térahertz dépassent largement le simple gain en débit. Ces fréquences permettent des communications ultra-sécurisées grâce à leur directivité extrême, rendant l’interception des signaux particulièrement difficile. Elles ouvrent également la voie à des systèmes d’imagerie spectaculaires, capables de « voir » à travers certains matériaux opaques à la lumière visible, révolutionnant potentiellement des domaines comme la sécurité, la médecine ou le contrôle de qualité industriel.
L’intégration de l’intelligence artificielle dans l’infrastructure réseau
La 6G marquera l’avènement des réseaux véritablement intelligents, où l’IA ne sera plus une simple couche applicative mais un composant fondamental de l’infrastructure. Cette intégration native de l’intelligence artificielle permettra aux réseaux de s’auto-optimiser en temps réel, d’anticiper les besoins en bande passante et de s’adapter dynamiquement aux conditions de propagation. Les algorithmes d’apprentissage profond seront embarqués directement dans les équipements réseau, des stations de base jusqu’aux terminaux utilisateurs.
Cette intelligence distribuée transformera radicalement la gestion du spectre radioélectrique. Plutôt que d’allouer des bandes de fréquences de manière statique, la 6G permettra une attribution dynamique et intelligente des ressources spectrales, maximisant l’efficacité de leur utilisation. Les réseaux pourront ainsi servir simultanément des applications aux besoins radicalement différents, de l’internet des objets à faible consommation jusqu’aux communications holographiques ultra-haut débit.
L’IA jouera également un rôle crucial dans la sécurité des réseaux 6G. Face à la complexité croissante des cyberattaques, seuls des systèmes dotés d’intelligence artificielle avancée pourront détecter et contrer les menaces en temps réel. Les réseaux 6G intégreront des mécanismes d’auto-défense capables d’identifier les comportements anormaux et d’isoler les segments compromis avant qu’une attaque ne puisse se propager. Cette sécurité proactive représente un changement de paradigme par rapport aux approches réactives actuelles.
L’intelligence artificielle n’est pas simplement une fonctionnalité additionnelle de la 6G, elle en est le système nerveux central, permettant une orchestration autonome de milliards de connexions simultanées avec une efficacité inégalée.
Les matériaux et composants révolutionnaires pour les transmissions 6G
Les performances exceptionnelles promises par la 6G ne pourront être atteintes qu’avec le développement de nouveaux matériaux aux propriétés électromagnétiques inédites. Les semiconducteurs traditionnels atteignent leurs limites physiques face aux fréquences térahertz et aux débits envisagés. Une nouvelle génération de composants électroniques basés sur des matériaux émergents comme le nitrure de gallium, le phosphure d’indium ou même le graphène devient indispensable pour réaliser les émetteurs-récepteurs capables d’opérer efficacement dans ces gammes de fréquences extrêmes.
Ces matériaux avancés permettront de créer des amplificateurs et des oscillateurs fonctionnant nativement dans les bandes térahertz, éliminant les inefficacités liées aux conversions de fréquences multiples nécessaires avec les technologies actuelles. Les chercheurs explorent également des solutions hybrides photonique-électronique, où les signaux sont traités partiellement sous forme lumineuse pour bénéficier des avantages inhérents aux communications optiques en termes de bande passante.
Les métamatériaux et leurs propriétés uniques
Parmi les innovations les plus prometteuses figurent les métamatériaux, des structures artificielles conçues pour présenter des propriétés électromagnétiques n’existant pas naturellement. Ces matériaux composites, fabriqués en agençant précisément des éléments conducteurs et diélectriques à l’échelle sub-longueur d’onde, peuvent manipuler les ondes radio de façons auparavant impossibles. Les métamatériaux permettent notamment de créer des surfaces intelligentes reconfigurables capables de contrôler précisément la direction, la phase et l’amplitude des ondes térahertz.
Ces surfaces, parfois appelées « peaux intelligentes » (intelligent skins), pourront être appliquées sur les murs des bâtiments, les véhicules ou même intégrées dans les vêtements pour améliorer radicalement la propagation des signaux 6G. Plutôt que d’être bloquées ou absorbées par les obstacles, les ondes pourront être guidées, réfléchies ou amplifiées de manière contrôlée, créant des environnements de propagation optimisés. Cette approche révolutionnaire permettra d’étendre la couverture des signaux térahertz malgré leur faible capacité naturelle à pénétrer les obstacles.
Des applications particulièrement innovantes des métamatériaux incluent les lentilles plates (metalenses) capables de focaliser les ondes térahertz avec une précision submillimétrique, et les absorbeurs sélectifs permettant de filtrer certaines fréquences tout en laissant passer d’autres. Ces dispositifs ouvrent la voie à des systèmes d’antennes révolutionnaires qui dépassent les limites fondamentales des conceptions traditionnelles.
Les nanotechnologies au service des communications
À l’échelle nanométrique, de nouvelles possibilités émergent pour les communications 6G. Les nanotechnologies permettent de créer des composants électroniques d’une densité et d’une efficacité sans précédent, essentiels pour traiter les quantités massives de données qui transiteront sur les réseaux 6G. Les nanotubes de carbone et les transistors à effet de champ à base de graphène offrent des performances exceptionnelles en termes de mobilité électronique et de dissipation thermique, deux paramètres critiques pour les circuits fonctionnant à des fréquences térahertz.
Plus révolutionnaire encore, les chercheurs explorent le potentiel des nano-antennes moléculaires , où des molécules spécifiquement conçues réagissent à certaines fréquences électromagnétiques. Ces nano-antennes pourraient être intégrées dans des matériaux courants, transformant potentiellement n’importe quelle surface en émetteur ou récepteur de communications. Cette approche bio-inspirée pourrait mener à des réseaux de communication entièrement nouveaux, où l’infrastructure devient pratiquement invisible, intégrée dans notre environnement quotidien.
Les nanotechnologies jouent également un rôle crucial dans le développement de capteurs ultra-sensibles capables de détecter les signaux térahertz avec une précision inégalée. Ces nano-capteurs, potentiellement auto-alimentés par récupération d’énergie ambiante, constitueront l’épine dorsale de l’Internet des objets massif envisagé pour l’ère de la 6G, où des milliards d’appareils minuscules communiqueront en permanence.
Performances et capacités attendues de la 6G
Les spécifications techniques envisagées pour la 6G dépassent l’entendement lorsqu’on les compare aux technologies actuelles. Si la 5G a marqué un pas significatif par rapport à la 4G, la 6G promet un bond quantique en termes de performances. Ces avancées ne sont pas de simples améliorations incrémentales mais représentent un changement de paradigme qui permettra l’émergence d’applications inédites. Les objectifs fixés par les chercheurs et les organismes de standardisation définissent un horizon technologique extraordinairement ambitieux.
Pour mettre ces performances en perspective, ce que nous considérons aujourd’hui comme des applications exigeantes en ressources réseau (streaming 4K, réalité virtuelle) deviendront des usages banals consommant une fraction infime des capacités des réseaux 6G. Cette surabondance de ressources de communication ouvrira la voie à des usages encore difficiles à imaginer, tout comme l’avènement des smartphones et de la 4G a permis l’émergence d’applications que personne n’avait anticipées dix ans plus tôt.
La vitesse de téléchargement dépassant 1 tbps
La caractéristique la plus spectaculaire de la 6G sera sans doute sa vitesse de transmission de données vertigineuse, avec des débits théoriques dépassant 1 térabit par seconde (1 Tbps). Cette performance représente un bond de 50 à 100 fois supérieur aux meilleures implémentations actuelles de la 5G. Pour donner une idée concrète, à cette vitesse, télécharger l’intégralité d’une bibliothèque de films en qualité 8K ne prendrait que quelques secondes. Les contenus les plus volumineux que nous connaissons aujourd’hui seraient transférés instantanément.
Ces débits extraordinaires reposent sur l’exploitation des bandes de fréquences térahertz et sur des techniques avancées de modulation et de codage. Les chercheurs travaillent notamment sur des systèmes de communication massive MIMO (Multiple-Input Multiple-Output) utilisant des centaines, voire des milliers d’antennes simultanément, et sur des techniques de modulation spatiale exploitant pleinement les trois dimensions de l’espace pour multiplier les flux de données.
Au-delà des usages personnels, ces vitesses transformeront fondamentalement les architectures informatiques. Le concept même de stockage local pourrait devenir obsolète lorsque l’accès aux données dans le cloud sera plus rapide que l’accès à une mémoire locale. Les applications pourront traiter des volumes de données inédits en temps réel, ouvrant la voie à des systèmes d’intelligence artificielle distribués d’une puissance sans précédent.
La latence ultra-réduite de 0,1 milliseconde
Si la vitesse brute impressionne, la réduction drastique de la latence représente peut-être l’avancée la plus significative de la 6G. Avec un objectif de latence inférieure à 0,1 milliseconde (contre 1 milliseconde pour la 5G théorique et 10-20 ms en pratique), la 6G franchit un seuil critique : celui de l’imperceptibilité par les sens humains. À ce niveau de réactivité, le décalage entre une action et sa conséquence sur le réseau devient indétectable pour notre système nerveux.
Cette latence quasi nulle ouvre des perspectives révolutionnaires dans de nombreux domaines. En médecine, elle permettra la télé-chirurgie robotique précise sur de longues distances, où un chirurgien pourra opérer un patient situé à des milliers de kilomètres avec la même précision que s’il était physiquement présent. Dans l’industrie, elle facilitera le contrôle synchronisé d’automates et de robots industriels avec une précision submilliseconde, transformant radicalement les chaînes de production. Dans les transports, cette latence infime est cruciale pour les véhicules autonomes communiquant entre eux pour éviter les collisions ou optimiser le trafic.
Cette performance de latence s’appuie sur des innovations architecturales majeures, notamment le calcul en périphérie (edge computing) poussé à l’extrême. Les réseaux 6G intégreront des capacités de traitement massivement distribuées, plaçant les ressources de calcul au plus près des utilisateurs. La distinction traditionnelle entre le réseau et les serveurs s’estompera pour former un continuum informatique omniprésent où les données sont traitées exactement là où c’est le plus efficace.
Pour atteindre cette latence révolutionnaire, les protocoles de communication eux-mêmes seront repensés. Les mécanismes d’acquittement, de retransmission et de gestion de congestion actuels introduisent des délais incompatibles avec les objectifs de la 6G. De nouveaux protocoles déterministes, où chaque bit de donnée suit un chemin temporel précisément orchestré, remplaceront progressivement les approches probabilistes des générations précédentes.
La densité de connexion extrême (10 millions d’appareils/km²)
La 6G propulsera l’Internet des Objets dans une nouvelle dimension avec une capacité de connexion atteignant 10 millions d’appareils par kilomètre carré, soit un ordre de grandeur au-dessus des spécifications de la 5G. Cette densité extraordinaire permettra une numérisation quasi complète de notre environnement physique, où routes, bâtiments, vêtements et même surfaces naturelles pourront être équipés de capteurs communicants. Dans un quartier urbain typique, chaque mètre carré pourrait accueillir plusieurs dizaines d’appareils connectés simultanément sans congestion.
Cette hyperconnectivité massive nécessite des technologies d’accès multiples révolutionnaires. Les chercheurs développent des systèmes d’accès non-orthogonaux (NOMA) avancés et des techniques de codage parcimonieux qui permettent à de multiples appareils de partager simultanément les mêmes ressources spectrales. L’intelligence artificielle embarquée jouera un rôle fondamental dans l’orchestration de cette symphonie de connexions, allouant dynamiquement les ressources selon les priorités et besoins instantanés.
Les implications de cette densité de connexion sont profondes. Des environnements comme les usines intelligentes, les zones urbaines ou les grands événements publics pourront déployer des réseaux de capteurs d’une granularité sans précédent, créant des jumeaux numériques ultra-précis de l’environnement physique. La maintenance prédictive des infrastructures, la gestion environnementale et la sécurité publique bénéficieront particulièrement de cette capacité à surveiller et analyser en temps réel des millions de points de mesure.
L’efficacité énergétique repensée pour limiter l’impact environnemental
Face aux préoccupations croissantes concernant la technologie et son impact sur l’environnement, la 6G intègre dès sa conception des objectifs d’efficacité énergétique radicalement ambitieux. Contrairement aux générations précédentes où la consommation énergétique augmentait proportionnellement aux performances, la 6G vise à découpler cette relation en offrant des performances exponentiellement supérieures avec une consommation énergétique par bit transmis considérablement réduite. L’objectif fixé est d’atteindre une efficacité 100 fois supérieure à celle de la 5G.
Cette révolution énergétique s’appuiera sur plusieurs innovations convergentes. Au niveau matériel, l’utilisation de semiconducteurs à large bande interdite comme le nitrure de gallium et de nouveaux matériaux bidimensionnels permettra des rendements énergétiques inégalés. Les architectures à « calcul approximatif » (approximate computing) sacrifieront une précision marginale inutile pour des gains énergétiques substantiels. Plus fondamentalement, l’intégration native de l’intelligence artificielle permettra une gestion énergétique prédictive et adaptative, activant les ressources réseau uniquement lorsque nécessaire.
Les réseaux 6G intégreront également des capacités avancées de récolte d’énergie ambiante (energy harvesting), permettant aux infrastructures et aux appareils de capturer l’énergie environnante – qu’elle soit solaire, vibratoire, thermique ou même radiofréquence – pour alimenter partiellement leur fonctionnement. Des recherches prometteuses explorent même la possibilité de récupérer l’énergie des ondes térahertz elles-mêmes, créant des systèmes partiellement auto-alimentés qui recyclent l’énergie des communications.
La 6G ne sera pas seulement une technologie plus performante, mais aussi plus responsable, conciliant enfin les besoins en connectivité croissants avec l’impératif de durabilité environnementale qui définira l’innovation au 21e siècle.
Applications révolutionnaires permises par la 6G
Les caractéristiques techniques extraordinaires de la 6G seront le terreau d’applications transformatrices qui redéfiniront notre relation à la technologie, au travail et aux interactions sociales. Au-delà des usages améliorés des technologies actuelles, la 6G permettra l’émergence de nouveaux paradigmes d’interaction homme-machine et de télé-présence qui effaceront progressivement les frontières entre le monde physique et le monde numérique.
Ces applications révolutionnaires ne représentent pas simplement des évolutions de nos usages actuels mais constituent de véritables ruptures qui pourraient transformer profondément notre société. Si certaines semblent aujourd’hui relever de la science-fiction, elles s’appuient sur des fondements technologiques solides et des prototypes déjà en développement dans les laboratoires les plus avancés.
Les interfaces cerveau-machine sans fil
L’une des applications les plus fascinantes et potentiellement transformatrices de la 6G sera le développement d’interfaces cerveau-machine (ICM) sans fil haute performance. Actuellement, les ICM souffrent de limitations majeures en termes de résolution spatiale et temporelle, de miniaturisation et de transmission des données. La 6G, avec sa latence ultra-faible et ses capacités de transmission massive, pourrait lever ces obstacles, permettant des interfaces non-invasives capables de lire et stimuler l’activité neuronale avec une précision inédite.
Ces interfaces permettront d’abord des applications médicales révolutionnaires : contrôle intuitif de prothèses avancées, thérapies pour les patients souffrant de paralysie ou restauration de capacités sensorielles perdues. À terme, elles pourraient s’étendre à des applications grand public, offrant de nouvelles modalités d’interaction avec nos environnements numériques par la simple pensée. Commander un appareil, rechercher une information ou communiquer une émotion pourrait se faire par intention mentale plutôt que par interfaces physiques.
Les chercheurs travaillent sur des capteurs non-invasifs utilisant les fréquences térahertz pour détecter avec précision les signaux électriques et métaboliques du cerveau à travers le crâne. Ces capteurs, couplés à des algorithmes d’apprentissage profond, pourraient interpréter les intentions de l’utilisateur et les convertir en commandes numériques. La 6G fournirait l’infrastructure nécessaire pour transmettre instantanément ces énormes volumes de données neurologiques et retourner les signaux de feedback appropriés.
Les hologrammes interactifs en temps réel
Les communications holographiques, longtemps cantonnées aux films de science-fiction, deviendront une réalité tangible avec la 6G. Contrairement aux représentations 3D actuelles qui nécessitent des dispositifs spéciaux comme des casques ou des lunettes, les véritables hologrammes créent des images tridimensionnelles visibles à l’œil nu sous différents angles. La transmission de tels hologrammes en temps réel nécessite des débits de données colossaux – jusqu’à plusieurs térabits par seconde – que seule la 6G pourra fournir de manière fiable.
Ces hologrammes ne seront pas de simples images statiques mais des représentations pleinement interactives, permettant une télé-présence d’un réalisme sans précédent. Les conférences virtuelles, par exemple, évolueront des visioconférences en 2D actuelles vers des réunions où les participants éloignés apparaîtront comme physiquement présents dans la pièce, avec tous les indices non-verbaux et spatiaux essentiels à une communication naturelle. Cette « présence holographique » pourrait réduire drastiquement les besoins en déplacements professionnels tout en préservant la richesse des interactions humaines.
Au-delà des communications interpersonnelles, les hologrammes interactifs révolutionneront l’éducation, la formation professionnelle et le divertissement. Des instructeurs virtuels pourront démontrer des procédures complexes en apparaissant directement aux côtés de l’apprenant, des médecins pourront visualiser et manipuler des modèles anatomiques tridimensionnels en temps réel, et les expériences de divertissement transcenderont les écrans pour envahir nos espaces physiques.
Les jumeaux numériques avancés dans l’industrie 5.0
Le concept de jumeau numérique – une réplique virtuelle précise d’un objet, processus ou système physique – connaîtra une évolution spectaculaire avec la 6G. Alors que les jumeaux numériques actuels sont principalement des simulations statiques ou des répliques simplifiées mises à jour périodiquement, les jumeaux numériques de l’ère 6G seront des représentations dynamiques ultra-fidèles synchronisées en temps réel avec leur contrepartie physique, intégrant des milliards de points de données.
Dans l’industrie 5.0, où l’humain et la machine collaboreront en symbiose, ces jumeaux numériques avancés permettront des optimisations impossibles aujourd’hui. Des usines entières seront répliquées virtuellement avec une précision millimétrique, chaque machine, chaque processus et chaque flux de matière étant constamment surveillé et analysé. Cette hypervisibilité permettra une optimisation continue des opérations, une maintenance prédictive d’une fiabilité inégalée et des simulations de production d’un réalisme parfait avant toute mise en œuvre physique.
Les applications s’étendront bien au-delà de l’industrie manufacturière. Des infrastructures urbaines complexes comme les réseaux électriques, les systèmes de transport ou les réseaux d’eau pourront être modélisées et gérées avec une précision inédite. Des villes entières disposeront de leurs jumeaux numériques, permettant aux urbanistes et aux décideurs de tester virtuellement l’impact de leurs décisions avant de les mettre en œuvre. À terme, la frontière entre le monde physique et sa représentation numérique deviendra de plus en plus ténue, créant un continuum cyber-physique parfaitement intégré.
La réalité étendue (XR) omniprésente et sans contraintes
La réalité étendue (XR), qui englobe la réalité virtuelle (RV), la réalité augmentée (RA) et la réalité mixte (RM), connaîtra une transformation fondamentale avec l’avènement de la 6G. Les limitations actuelles en termes de puissance de calcul embarquée, d’autonomie des appareils et de latence réseau disparaîtront progressivement, permettant des expériences immersives d’un nouveau genre. La XR passera du statut d’expérience isolée et occasionnelle à une dimension supplémentaire de notre réalité quotidienne, accessible en permanence et parfaitement intégrée à notre environnement.
Les capacités de la 6G permettront de délocaliser le rendu graphique et les calculs intensifs vers le réseau, transformant les lunettes et casques XR en terminaux légers, élégants et énergétiquement efficaces. La latence imperceptible et les débits térabit élimineront toute distinction perceptible entre le traitement local et distant des données, offrant une expérience parfaitement fluide quelle que soit la complexité des contenus visualisés.
L’évolution des expériences immersives personnelles
Dans la sphère personnelle, la XR supportée par la 6G transcendera les expériences immersives actuelles pour créer des mondes virtuels d’un réalisme saisissant. Les environnements virtuels pourront être rendus avec une fidélité photographique, incluant des simulations physiques précises, des interactions tactiles sophistiquées et même des stimulations sensorielles étendues comme les odeurs ou les sensations thermiques. Les avatars numériques évolueront pour devenir des représentations ultra-réalistes capables de reproduire fidèlement nos expressions faciales et notre langage corporel.
Le divertissement sera transformé par ces capacités, avec des jeux vidéo qui ne se distingueront plus visuellement de la réalité et des expériences narratives où le spectateur devient véritablement acteur au sein d’univers cohérents. Le tourisme virtuel permettra d’explorer des destinations lointaines avec un niveau de présence jamais atteint, tandis que les interactions sociales à distance acquérront une dimension physique aujourd’hui absente des communications numériques.
Plus fondamentalement, la XR omniprésente redéfinira notre relation à l’espace physique. Notre environnement immédiat pourra être augmenté, transformé ou complètement remplacé selon nos besoins et préférences, créant des espaces hybrides personnalisés où le numérique et le physique se fondent harmonieusement. Cette fusion atteindra son apogée dans le métavers – non pas comme un monde virtuel séparé, mais comme une couche numérique persistante et partagée superposée à notre réalité.
Les applications professionnelles transformées par la XR
Dans le domaine professionnel, la XR alimentée par la 6G révolutionnera de nombreux secteurs. La conception et l’ingénierie bénéficieront d’outils de modélisation collaborative où des équipes géographiquement dispersées pourront manipuler ensemble des maquettes virtuelles complexes comme si elles étaient dans la même pièce. La formation professionnelle évoluera vers des simulations ultra-réalistes où les apprenants pourront s’exercer à des tâches dangereuses ou coûteuses sans risque réel.